Démarche Artistique

Au cours des dix dernières années, j’ai constaté que scruter mes expériences personnelles — les bonnes, les mauvaises et les pas jolies — était essentiel pour comprendre ma démarche
artistique et pour me comprendre moi-même. Mon travail me permet de focaliser sur la noblesse du combat plutôt que sur la douleur du drame : je crée des œuvres pour transcender les chagrins et me libérée des règles de la sacro-sainte acceptabilité.

Mes pièces sur verre, sur cristal, sur bois, sur toile et sur plexiglas exsudent une autodétermination. À la base de mes créations, il y a une ombre, un mal, une blessure. J’ai visité l’enfer, je me suis roulée dans les cendres de mes espérances consumées, mais je parviens à renaître en emmaillotant chacune de ces cicatrices au moyen de couleurs qui reflètent mes intentions.

Mon histoire personnelle est intrinsèquement liée à mon art. Mes œuvres irradient la résilience, l’optimisme et la spiritualité et ne cherchent pas à perpétuer les souvenirs. Je ne peux pas transformer le monde, mais je peux me transformer en créant de la beauté. Mon travail ne sera jamais terminé. Sans l’expression artistique, je resterais mains liées et fers aux pieds, prisonnière du passé. On reconnaît ma pratique à ses gerbes de couleurs qui évoquent des pièces pyrotechniques. Des bouquets de lumière qui se transforment sur verre ou sur canevas en une fête d’étincelles et de scintillements. Mes toiles sont propulsées par une incessante quête de saisir l’éclat en mouvement.

C’est une démarche incandescente. Je me consacre depuis des années à chercher, à tester, à développer un style pictural qui reflète ma vie, exprime ma pensée, transcende mes souvenirs, habille mes rêves. Une trajectoire qui évite volontairement la ligne droite, inspirée par les montagnes que je préfère désormais aux prairies du Manitoba parmi lesquelles j’ai vécu pendant seize ans.

L’utilisation de surfaces média décalées influence mon approche. À ce stade de mon travail, le verre et le miroir m’interpellent. Ils permettent de voir la première application de peinture sur le dos du verre, puis la dernière touche sur le devant. Le spectateur peut donc apprécier la première et la dernière étape de la production et avoir un aperçu du chemin de la création. Du premier trait de couleur au dernier coup de pinceau, ma démarche artistique est une invitation à découvrir mon acte de création.

Ma pratique en est une de lenteur, un défi symbolique au culte de la vitesse. Je désire une beauté lente qui engendre des émotions durables. Pendant de brefs moments, lorsque je peins, j’ai le sentiment d’être en symbiose avec le monde qui m’entoure. Rien ne sert de courir, il faut vivre à point.

J’ai toujours apprécié le mystique des vitraux, surtout dans les églises où je m’assieds souvent, et assez longtemps pour voir le soleil les enflammer en harmonie. Je veux que mes pièces reproduisent ce kaléidoscope de façon moderne et contemporaine.

Par mon art, je me sens connectée à tout ce qui est vivant, et particulièrement la musique. Certaines de mes œuvres sont intitulées d’après les pièces musicales avec lesquelles j’ai été
en communion en peignant.

Ma relation à l’art est devenue un rituel initiatique qui m’a fait passer des préoccupations centripètes à une contrition que j’oserais qualifier de religieuse. Me transmuter, terrasser les démons, pour laisser place à la bienveillance en continuant de façonner mon identité artistique. Je veux être vraie, sans masque ou filtre autre que mes pinceaux, avec une approche polychrome, variée et complexe. C’est un pandémonium joyeux, pour un meilleur accès à un nouveau niveau de mystérieuse cohérence.

Le livre Shadow Syndromes des Drs Catherine Johnson et John J. Ratey est ma source d’inspiration. Je veux traduire par l’art le travail de ces deux médecins qui ont su mettre en relief les ombres avec lesquelles il faut composer quotidiennement. Ma collection 2019 est articulée autour de ces désordres bénins du mental qui ont le pouvoir de saboter des vies.

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